• Libérez les otages ! (2 juillet 2011)

    Le traitement médiatique de la libération des otages suscite une vive émotion chez les militaires

    Un officier français leur a dit : "Ne retournez pas en Kapisa, c'est trop dangereux"

    Libérez les otages ! (2 juillet 2011)

    Le traitement médiatique de la libération, mercredi, des deux journalistes retenus en otage en Afghanistan depuis dix-huit mois suscite de vives réactions dans les milieux militaires. Elles sont de deux types, qui souvent s'ajoute l'un à l'autre. 1) La différence de traitement entre les journalistes otages et les soldats tués en Afghanistan. 2) L'imprudence supposée ou réelle des deux reporters.

    1) Sur le premier point, il est incontestable que la libération d'Hervé Ghesquière et de Stéphane Taponier a donné lieu à une couverture médiatique sans commune mesure avec l'annonce de la mort de militaires français en Afghanistan. D'un côté, des heures de direct, la mise en scène télévisuelle de l'émotion des proches, les commentaires de spécialistes (dont l'auteur de ce blog...). De l'autre, une vague brève en fin de journal télévisé ou dans un bas de page des quotidiens. Qui a entendu parler de Cyrille Hugodot, mort à 24 ans au service de la France ? Qui n'a pas entendu parler de Ghesquière et Taponier ? Il est malheureusement clair, et c'est un journaliste qui l'écrit, que le poids médiatique d'un journaliste est bien supérieur à celui d'un simple parachutiste. Il n'y a pas de quoi être fier. Les tentatives, conduites par quelques anciens, pour rendre un hommage public aux soldats morts lors du retour de leur corps en France se soldent par des échecs. Ce qui renforce le malaise.

    2) De nombreux militaires ne comprennent pas l'atitude des deux journalistes de France-Télévisions en particulier les risques qu'ils ont pris sur le terrain. Hervé Ghesquière a cru bon d'expliquer, juste après son retour, que "personne ne nous a rien dit. Que ce soit clair". Ce n'est malheureusement pas aussi clair et la direction de France-Télévisions n'ignore pas qu'il existe des traces écrites des avertissements lancés par l'armée française la veille même de l'enlèvement des deux journalistes, le 30 décembre 2009. Idem sur l'existence de conversations téléphoniques assez directes entre les deux reporters et un officier français (que l'on peut difficillement qualifié d'hostile à la rédaction de France 3 pour des raisons personnelles). Tout le monde sait qu'ils ont bien été avertis du danger de se rendre dans ce secteur non sécurisé, qui plus est à la recherche de contacts avec les talibans. D'ailleurs, tous les journalistes français arrivant sur le théâtre afghan le sont systématiquement.

    Les journalistes ont-ils le droit de prendre de tels risques ? A chacun d'en juger, mais à condition de le faire en toute connaissance de cause. Le métier de journaliste consiste aussi à aller voir le "camp d'en face". Il n'y a là rien d'éthiquement condamnable. On ne peut reprocher à Ghésquière et Taponier d'être ce qu'ils sont : des journalistes. Ce métier comporte des risques - et ils en ont largement payé le prix. Comme nous l'écrivions déjà sur ce blog en mars dernier, à la suite d'une polémique odieuse visant les deux journalistes victimes des talibans, "des Français sont actuellement retenus en otage par des groupes terroristes islamistes et ils ont été enlevés dans le cadre de leur travail. Aucun d'entre eux n'étaient là-bas pour son propre plaisir, même si tous y sont allés volontairement. Ils n'étaient ni en voyage d'agrément, ni en séjour privé." C'est vrai pour Denis Allex, officier de la DGSE détenu en Somalie depuis presque deux ans, pour les quatre salariés d'Areva enlevés au Niger, pour les trois humanitaires kidnappés au Yemen. C'était vrai pour les deux journalistes de France 3.

    Ces enlèvements coûtent fort cher aux contribuables français (des millions d'euros). Ils mobilisent d'importants moyens de l'armée, du Quai d'Orsay et de la DGSE. Ils gênent, de manière parfois importante, l'action militaire et diplomatique de la France. Tout cela est exact. Et alors ? On fait quoi ? On rapatrie illico et manu militari tous les Français présents - pour leur activité professionnelle - dans des zones à risques et on laisse tomber nos otages pour faire des économies ? On interdit aux journalistes français de se rendre en Afghanistan, sauf pour des reportages bien encadrés auprès des forces françaises ? Les citoyens de notre pays se contenteront alors de ce qu'en disent les médias américains.

    En matière d'otage, la France a une pratique, aussi constante que non avouée : tout faire pour les libérer - y compris le versement de rançons importantes. C'est un choix. D'autres pays, à commencer par le Royaume-Uni, ont une autre politique : on ne cède pas, on ne discute pas. Qui, en France, serait prêt à assumer un tel choix, qui signifie la mort de compatriotes ? Et pas seulement de journalistes...

    Samedi 2 Juillet 2011

    Jean-Dominique Merchet

    3ème Hussard à Metz

    12 juin : mort du 61ème soldat français en Afghanistan, le Lieutenant Matthieu Gaudin, 37 ans

    Cérémonies de la fête nationale

     

    2 Commentaires

    Commentaire écrit le mercredi 6 juillet 2011 à 15:25:50 (lien) De Philippe : Merci Léon pour votre fidélité !

    Commentaire écrit le mercredi 6 juillet 2011 à 12:39:05 (lien) Léon Une fois encore je salue votre objectivité et votre courrage d'écrire dans votre blog ce que vous ressentez et que beaucoup de Messines et de Messins partagent. Votre blog est vraiment de qualité même si parfois son contenu ne plait pas à tous... Concernant la Presse je partage l'émotion des militaires et je trouve inégal ce traitement au détriment de ceux qui versent leur sang au nom de la France. Une autre affaire encore d'actualité a démontré que la Presse est capable de raconter n'importe quoi pourvu que cela fasse recette, quitte à pencher une semaine après pour la partie adverse, sans se soucier des dégâts faits dans l'opinion par la diffusion d'infos non minutieusement vérifiée qui, au final, peuvent être considérées comme une manipulation du citoyen... A méditer !

     

    Ajout le 4 octobre 2012 :

    Thierry Dorso 1 octobre 23:59

    Du lourd sur Hervé Ghesquière

    Un coup de gueule aujourd'hui à propos de la sortie du livre de Hervè Ghesquière, ce fameux ex-otage d'Afghanistan qui a créé la polémique par son attitude outrancière et ses mensonges éhontés sur le fait qu'il n'avait jamais été prévenu de la dangerosité de l'endroit où il se sont aventurés avec leur caméraman. J'étais à la tête de la communication de l'armée de Terre à ce moment là, et j'avais un de mes sous-officiers féminins présent en Afghanistan. Elle avait justement réceptionné les deux journalistes à l'aéroport, de retour de leur première virée dans les zones françaises : dédaigneux, incivils, orgueilleux, odieux, indisciplinés, jamais contents tels étaient les qualificatifs qui leur avaient été attribués à ce moment là, quelques jours avant leur capture. Aujourd'hui, ce soi-disant journaliste récidive en médisant et mentant dans le récit de ses aventures dont il cherche à faire commerce après que tant de soldats ont risqué leur vie pour les libérer... Mais ce qui nous donne un peu de baume au coeur aujourd'hui, c'est que c'est une autre journaliste qui lui dise ces 4 vérités et je vous invite à lire sa prose...

    Les Chroniquetamére d’Anne Moyat 26 septembre 2012

    Après une longue période de prise d’otage, on observe souvent deux types de comportement chez les victimes : il y a celles qui se suicident, incapables de se réadapter au quotidien. Et puis il y a celles qui font un bouquin. Ghesquiére fait partie de la catégorie numéro 2. A la veille de la sortie de « 547 jours », récit de sa captivité, il s’explique dans une parodie d’interview réalisée par « ELLE ». J’ai toujours pensé que le journalisme était une grande chose. Dommage qu’il y ait les journalistes. Et « ELLE » de leur dérouler le tapis rouge. Que voulez vous, Grand Reporter, c’est comme pompier ou médecin urgentiste…ça fait rêver la femelle en milieu urbain. A la seule évocation du gaillard taciturne, barbe de trois jours, veste militaire et appareil photo en bandoulière, tout ce petit monde de la presse féminine se ruine un string. En oubliant de poser les vraies questions. Après tout, on ne va pas se taper dessus entre confères. "On a jamais voulu escalader l’Everest en tongs" répète Ghesquiére à l’envi, parodiant au passage l’humoriste Thomas N’ Gijol. « On a voulu prouver que toutes les routes n’étaient pas sous contrôle, contrairement à ce qu’affirmait l’armée française » Ce qui revient à dire : on va faire du hors piste pour démontrer qu’il y a risque d’avalanche. Parce qu’on est des cow-boys de l’info, nous, des cow-boys sévèrement burnés, prêts à tout pour exercer notre noble métier… Alors quoi ? T’es journaliste, mec ? Ta carte de presse est le prolongement logique de ta quéquette ? Parfait. Tu es donc censé connaître le sens des mots mieux que la moyenne nationale. « Tout est sous contrôle » ne signifie pas Il n’y a aucun danger. Ce n’est pas parce que l’incendie est circonscrit, que le périmètre est balisé et que les pompiers ont dégainé les lances qu’il faut pour autant se jeter dans les flammes. Quand l’état-major dit «Va pas là », c’est que la zone est risquée. Toi comprendre ou moi devoir traduire à toi ? « Hervé Ghesquiére déteste être considéré comme une victime » susurre « ELLE », en ouverture du papier. Grand bien lui fasse parce qu’une victime, c’est quelqu’un qui n’a pas choisi. Reste que mon confrère ne déteste pas passer pour un héros. Ce que j’aurai voulu, moi, c’est qu’« ELLE » demande à ce baroudeur d’opérette combien de militaires sont morts pour aller le chercher, lui et son caméraman. Puisque la journaliste a cru bon de trapper la question, sachez le donc, mes lapins. Ils sont 9.

    9 jeunes tombés sous les balles en essayant d’exfiltrer ces deux coyotes. Un détail. Un dommage collatéral. Que les choses soient claires, une bonne fois pour toutes : un journaliste n’est pas supposé être autre chose qu’un journaliste. Ce n’est nullement un héros. 547 jours et un an plus tard, Superman est bien vivant, et il a, en plus, l’outrecuidance de traiter de lâche l’officier de presse en poste à l’époque de son enlèvement. Donc je pose la question, moi. Je la pose à mon courageux confrère… Etes vous allés serrer les mains des veuves à votre retour en France , toi et ton caméraman? Les avez vous regardées bien droit dans les yeux, vous qui parlez de courage et de lâcheté ? M’est avis que les bénéfices du bouquin n’iront pas aux familles des 9 soldats morts en silence. En silence pour que Ghesquiére continue d’ouvrir sa gueule, quand il devrait, en plus de manger sa carte de presse, observer la discrétion la plus élémentaire.

    On libère les otages et on enterre les soldats

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